Restons divers-es pour résister à l’uniforme !

Le projet d’aéroport de NDDL est mort, mais qu’en est-il de “son monde” 1 ? Sur la zad de NDDL, nous nous sommes battu-e-s contre les deux. Aujourd’hui, il existe cependant un risque qu’ici-même, le monde de l’aéroport finisse par l’emporter, transformant l’inspirante expérience de la zad en un exemple repoussoir : prises de pouvoir, discours polarisés stigmatisant des groupes et des personnes, exigence d’une unité de façade qui écrase les différences et muselle les différends... L’offensive militaire en cours depuis l’abandon du projet (janvier 2018) cherche à nous faire rentrer dans leurs petites cases, à nous rendre aussi unicolores et bornés que ces hommes et femmes bleu-e-s qui nous envahissent. Cependant, nous sommes encore nombreux-ses sur la zad à rester attaché-e-s à l’idéal anti-autoritaire et auto-gestionnaire et animé-e-s non seulement par l’objectif de défendre son territoire arraché à l’État, mais aussi par la nécessité vitale de résister à l’uniformisation mortifère que porte en lui “le monde de l’aéroport”.

Résister à la séduction du pouvoir, à commencer par nous-mêmes

L’objectif de résister à la normalisation imposée par l’État et à sa stratégie du gouvernement de la critique (diviser, courtiser les “raisonnables” et stigmatiser les “radica-ux-les”, nous dresser les uns contre les autres) pose des questions pratiques et de fond qui exigent de nous une attention constante. Loin d’être un détail, nos formes de fonctionnement et d’organisation concrètes deviennent un des terrains de ce combat. Nous devons lutter contre les prises de pouvoir partout où elles se manifestent, à commencer chez nous-mêmes, dans nos groupes, nos collectifs et notre mouvement. Pour ce faire, il nous faudrait imaginer et mettre en œuvre des outils pratiques ; assumer la tendance à la prise de pouvoir comme faisant partie de la vie, ne pas en faire un sujet tabou pour mieux l’identifier et l’affronter, dès le plus petit espace où elle s’installe. Et si nous pensons que c’est l’absence de chef-fe-s et de leurs ordres qui nous rend acteur-ices de nos vies, il nous faut faire confiance à l’auto-responsabilisation qui nous fait assumer la conséquence de nos actes, et accepter que les actions par groupes affinitaires ne sont pas incompatibles avec la reconnaissance et la participation à des espaces d’organisation décidés collectivement.

Défendre la diversité

La diversité a fait une grande partie de la force du mouvement, depuis ses débuts. La diversité des “composantes” du mouvement, bien sûr. Une des forces d’attraction de la zad réside dans l’envie de faire des choses ensemble malgré nos différences, dans la possibilité de s’y organiser et d’agir avec des gen-te-s qui ne nous ressemblent pas, de sortir de l’entre-soi (qu’il soit anarchiste, radical, citoyenniste ou autre). Cette volonté n’a pas disparu, mais trop souvent les “composantes” sont pensées comme des ensembles monolithiques délimitées par des frontières infranchissables. À l’inverse, nous croyons qu’il est possible de nous organiser au cas par cas, entre personnes des groupes différents, recomposant des groupes temporaires selon les affinités et exigences des contextes.

Nous défendons aussi la diversité des tactiques, ce qui veut dire qu’il n’y a pas une seule BONNE façon de résister et de défendre la zad et ses mondes et qu’aucune des tactiques ne doit étouffer les autres. Nous pensons que cette question doit être prise au sérieux, ce qui implique qu’on doit lui accorder du temps et de l’attention dans nos espaces de décision et d’action. La force du mouvement réside aussi dans ce qu’en face ils ne peuvent pas anticiper, dans sa capacité d’être réellement ingouvernable.

Ce qui a pu, jusque là, exister sur la zad n’y est pas apparu par magie. C’est le résultat d’un long et laborieux tissage, mais aussi de conflits, jamais éteints, entre les gens et les groupes. La zad n’a jamais été un espace pacifié. C’est aussi dans le conflit et dans la capacité de ne pas le faire taire, de ne pas être d’accord, mais de continuer, que nous voyons un garde-fou contre l’uniformisation et la déliquescence de la puissance d’agir et de construire.

Nous pensons que la vigilance face aux prises de pouvoir et face à leurs effets délétères sur nous-mêmes ne peut qu’accroître notre pouvoir-faire que l’État cherche à contrôler et à neutraliser. Nous croyons fermement que l’unité du mouvement ne peut se faire en effaçant la diversité de celle-eux qui le composent, des formes de vie et des tactiques de lutte qu’il-elles jugent pertinentes.

Stop à l’occupation policière !

Pour une reconstruction et une réoccupation permanentes !

L’aéroport est mort, nous voulons le monde !

Quelques habitant-e-s, “soutiens” nomades, occupant-e-s temporaires, personnes sans “statut” qui se considèrent comme suffisamment impliquées et actives pour pouvoir s’exprimer.

*1 “Contre l’aéroport et son monde”, le slogan du mouvement d’occupation.
Sur les pratiques et les espoirs toujours vivants sur la zad, et sur comment il est possible de vivre sans flics et sans la justice de l’État, voir : Demain s’entête, https://www.youtube.com/watch?v=kUPIuDonz_g