Alors que le printemps sonne le renouveau, dans nos vies c’est l’hiver. Il souffle le froid des batailles internes à notre belle Zad, et celui des batailles contre le monde à venir.

J’avais un rêve, celui d’une solidarité sans condition entre celles et ceux qui ont lutté contre la construction de cet aéroport. Tout comme deux amis prêt à prendre des coups pour l’autre, même s’ils sont en désaccord.

La finalité est bien en dessous de mes espérances.

Nous nous retrouvons divisés-es au sein même du mouvement d’occupation. Coup de pression, passage en force, confiscation des outils collectifs de communication : (contact inter-comité, contact presse..), tentative d’uniformisation, centralisation des rapports avec les autres composantes, décision hors processus, police politique violente et autoritaire.

Il me semble désormais nécessaire de reprendre ce pour quoi nous nous sommes battu en main. De réaffirmer notre identité loin des agissements fascistes de ceux qui furent nos compagnons ou compagnes de lutte.

Nous sommes presque tous et toutes arrivés ici avec en nous une marginalité nous rendant ingouvernable, mystérieux, désorganisés, insaisissable et déterminés à nous méfier du pouvoir et de sa centralisation. Nous applaudissions chaque initiative de la plus violente à la plus inefficace sans nous désolidariser, sans individualiser les actes.

Nous étions pour la plupart tous et toutes Camille, nous étions tous et toutes zadistes.

Nous avons principalement légitimé et expliqué les actes politiques des nôtres plutôt que de les condamner. Nous acceptions le chao et le manque de contrôle que nous avions sur nos voisines et voisins.

Aujourd’hui pour moi cela n’est plus.

Certain et certaines se sont affirmés au fil du temps comme de fabuleux-ses stratèges, bureaucrates, vrp politique et attaché-es de presse. Nous sommes désormais nombreux-ses à être les bons petits soldats des stratégie politique de ces groupes. Il faut rester dans le rang pour ne pas corrompre leurs tactiques et leur communication. Il faut obéir et ne pas parler trop fort sous peine de finir, méprisé ou dans un coffre.

Je ne suis pas contre l’idées de construire avec d’autres composantes un avenir solidaire, mutualisé, résistant et politique. C’est même mon plus grand espoir. Mais ce ne se fera pas au prix de ce que je suis.

Nous sommes nombreux-ses à vouloir que la Zad reste une ligne de front face aux pensées libérales et patriarcales, tout en persistant à être une zone d’expérimentation politique, sociale et paysanne.

Pour certaines et certains sommes arrivés abimés, marginaux, impulsifs-ves, borderlines, pirates, teuffeurs-euses, drogués-es, syndicalistes, cas psychologique, hypersensibles, engagés-ées,  primitivistes, drogués-es, alcooliques, hippies, punks-ettes… ou tout simplement sensible

Pour certaines ou certains nous le sommes encore et nous ne nous maquillerons pas pour apparaître « acceptable » à l’image.

Nous sommes nombreux-ses à être prêts et prêtes à mener une guerre interne et silencieuse contre celles et ceux qui impose leur vision ou tactique collective au prix de la liberté individuelle d’acte et d’opinion et contre celles et ceux qui font usages de violence psychologique ou physique pour des différents politiques.

Selon moi Les groupes formels de la ZAD (chips, cmdo, pomps) devraient se dissoudre officiellement, ne plus publier de texte et ne plus venir aux assemblées sur la zad en tant que composante mais en tant qu’individu.

Nous voyons aujourd’hui le résultat de ce sectarisme groupusculaire dans les esprits de chacun et chacune et ce en quoi il s’éloigne des valeurs humanistes d’échanges de partages et de solidarités. Il noie l’individu et le place dans un questionnement quotidien du type :, suis-je légitime à porter mon avis face à ces gens qui font bloc ?, ai-je assez d’affinité pour aller à tel rendez-vous ou telle assemblée ?, est ce que ce chantier est ouvert alors que c’est ce groupe qui le porte ?, vais-je être méprisé par un groupe de personne alors que j’ai porté telle position contradictoire ? vais-je être portée par mon propre groupe ?...

La particularité du groupe est la parole unifiée, le groupe en est le porte le voix. Assez ironiquement le groupe est souvent d’accord pour mépriser la même chose ou la même personne, alors que à contrario le groupe peut être lui-même méprisé sans prendre en compte les individualités qui le compose.

Il ne s’agit pas pour moi de nier l’utilité de se fédérer pour mener un bien, une œuvre, un combat, une action. Mais le groupe lui n’est juste que dans sa capacité à apparaître et à disparaître en fonction des adversités. Il est éphémère, il ne doit pas se nommer ni se figer, s’il existe c’est qu’il est déjà trop tard. Il doit se laisser traverser, au risque de se renverser. Si dans le groupe se crée un groupe c’est qu’il est mort.

Et surtout si le groupe doit taire ses individualités c’est qu’il n’existe pas.

La Zad n’est pas un groupe, c’est un territoire. La Zad n’ est un groupe que quand elle doit organiser son quotidien, se défendre, communiquer, rassembler ou parler d’elle. Et dans ces instants elle ne peut plus supporter qu’un autre groupe fixe s’occupe de cela pour elle, même en son sein.

La Zad est une palette d’individualité aussi riche les unes que les autres avec un front commun.

Il ne sert à rien de nier les différences qui la compose ni de les masquer sous la sacro-sainte unitée.

J’affirme comme d’autre ma volonté de déconstruire le pouvoir partout où il se trouve et partout où il nait. Que ce soit une personne ou un groupe de personne.

C’est un effort quotidien sur le pouvoir que l’on incarne ou que l’autre incarne. Aussi fatiguant soit ce travail, il est le fondement de nos libertés individuelles.

Je revendique la multiplicité des tactiques, des choix et visions politiques, des modes de vies, des expériences passées ou à venir, tant qu’ils et elles ne s’imposent pas à nous individuellement et qu’ils et elles ne nuisent pas à notre quotidien.*

Pour autant je me battrais pour défendre celles et ceux qui seront à défendre, sans distinction, pour que l’on puisse continuer échanger autour des conflictualités, et des convergences qui nous animent.  

 

  • (puisqu’il est nécessaire de le préciser : Si une action isolée politique provoque un répondant étatique répressif sur chacun et chacune d’entre nous il en va de nos valeurs de ne jamais nous désolidariser de celle-ci. Même si elle est en contradiction tactique avec l’avis général.


Il semble bien facile d’applaudir une voiture de police brulée à 300 km de là quand on est incapable de soutenir une action de moindre ampleur près de chez soi.)